“J’avais envie de revenir à quelque chose de plus concret, de mettre les mains dans le cambouis”

Dans son atelier de Congénies, dans le Gard, Frédéric perpétue un savoir-faire artisanal. Ici, pas de production industrielle : les fruits mijotent lentement dans des bassines en cuivre, comme autrefois, révélant ainsi toute leur intensité. Chaque jour de production, près de 700 pots de confiture sortent de l’atelier.

Quelles ont été vos motivations pour vous lancer dans cette aventure avec La Cuillère Gourmande ?

Je suis confiturier depuis dix ans maintenant. Une passion qui remonte à mon enfance, inspirée par ma grand-mère et ma mère, qui préparaient des confitures pour la famille. Avant cela, j’ai évolué dans l’agroalimentaire, au sein de grands groupes comme Nestlé, Lactalis, Danone et Yoplait, où j’ai travaillé dans la qualité, la production et la performance industrielle.

Mais avec le temps, j’ai ressenti une lassitude face au fonctionnement des grandes entreprises : les réunions à répétition, les audits, les processus rigides… J’avais envie de revenir à quelque chose de plus concret, de « mettre les mains dans le cambouis ». J’aspirais aussi à être maître de ma propre activité, à en définir la stratégie, la direction et le rythme selon ma vision.

C’est ainsi que j’ai racheté La Cuillère Gourmande, une entreprise créée en 2004. Dès que je suis tombé sur cette société, ça a fait tilt : elle résonnait avec mes souvenirs d’enfance. Ce qui m’a séduit, c’est la possibilité de reprendre une activité existante avec un portefeuille clients et des recettes déjà élaborées. Ce qui permettait de ne pas partir de zéro. J’ai également pu bénéficier d’une formation par les anciens propriétaires. Un atout précieux pour assurer la transition.

Un autre avantage était que la marque était déjà protégée. Son nom, La Cuillère Gourmande, évoque immédiatement la gourmandise et véhicule une image positive et chaleureuse.

Ne pas partir de zéro m’a permis de sécuriser un chiffre d’affaires dès le début et de gagner en crédibilité. Dans ce métier, les épiciers ont besoin d’avoir confiance en leurs fournisseurs : ils attendent du sérieux, des livraisons ponctuelles et une vraie fiabilité. Reprendre une entreprise avec un historique m’a offert cette légitimité dès le départ.

Quels ont été vos challenges au début ?

Le premier défi a été de trouver une banque prête à me suivre dans ce projet. Une fois cet obstacle franchi, les premières années ont été intensives. Il fallait tout gérer en même temps : la production, l’organisation, le commercial et le marketing. Jongler entre toutes ces casquettes a été un véritable challenge.

Aujourd’hui, je suis accompagné d’une personne à mi-temps tout au long de l’année, ainsi que de saisonniers pour gérer les périodes de forte activité : de mi-mai à fin juillet pour la préparation des fruits, et de mi-octobre à mi-décembre.

Un autre enjeu majeur a été de développer et diversifier le chiffre d’affaires. À mes débuts, une grande partie du CA dépendait d’un seul client, ce qui représentait un risque important en cas de départ. Il a donc fallu élargir ma clientèle pour assurer la stabilité de l’entreprise.

Enfin, un challenge essentiel a été de construire un réseau de fournisseurs et de nouer des partenariats solides, indispensables pour garantir la qualité et la régularité des produits.

Quelles stratégies utilisez-vous pour développer La Cuillère Gourmande ?

Je mise sur l’excellence et un artisanat authentique.

Quand j’ai racheté l’entreprise, l’approvisionnement local n’était pas du tout une priorité pour les anciens propriétaires. Ils travaillaient avec une très forte proportion de fruits surgelés. J’ai choisi d’inverser cette tendance et d’arrêter certaines recettes dont les fruits venaient de trop loin, afin de réduire mon empreinte carbone.

Je m’appuie sur un réseau de producteurs locaux pour assurer l’approvisionnement en fruits de saison. Pour les autres fruits difficiles à trouver en local, je fais appel à des fournisseurs spécialisés.

J’améliore en permanence mes recettes, que ce soit sur la réalisation, le taux de sucre ou la texture. Mon objectif est d’avoir des confitures avec de plus en plus de fruits et de moins en moins de sucre. Mon inspiration vient souvent de la cuisine et de la pâtisserie, mais parfois aussi du hasard, en testant de nouvelles associations de saveurs. Chaque année, j’ajoute de nouvelles recettes et j’élimine celles qui rencontrent moins de succès.

Je travaille principalement avec des épiceries fines, des petits commerces de bouche, des revendeurs en ligne, des caves coopératives et les monuments nationaux. L’export représente entre 5 et 10 % de mon chiffre d’affaires. Je travaille aussi avec quelques hôtels et restaurants. Mais en raison de mon processus de fabrication très manuel, je ne suis pas forcément le plus compétitif pour les petits formats adaptés à une utilisation unique.

Lorsque j’ai repris la marque, j’ai entièrement repensé les packagings. J’ai fait appel à un ancien collègue, qui possède sa propre agence, car c’est un domaine très spécifique qui nécessite un vrai savoir-faire.

J’ai également reçu plusieurs prix. Au départ, c’était une manière de me situer et d’évaluer la qualité de mon travail. Puis, je me suis pris au jeu ! Ces concours sont intéressants car ils offrent des retours très détaillés et constructifs. Ils sont aussi un bon levier commercial : les consommateurs sont sensibles aux médailles, et sur un marché, elles attirent le regard et facilitent le premier échange. Surtout avec les clients qui ne me connaissent pas encore. Elles renforcent également la crédibilité de la marque.

Je participe à quelques salons spécialisés chaque année. La plupart du temps, ce sont les épiciers qui viennent directement vers moi. Je fais très peu de prospection active. Le bouche-à-oreille fonctionne bien. Le packaging joue aussi un rôle clé : il attire l’œil et suscite l’envie. Je mise donc avant tout sur la qualité de mes recettes et de mes packaging pour fidéliser ma clientèle.

Pour l’export, je fais partie d’un groupement de producteurs qui a embauché un responsable dédié. Ce qui nous permet de structurer et développer cette partie.

Quels sont vos projets pour La Cuillère Gourmande ?

Je suis ravi du succès de la marque et de son évolution.

L’un de mes grands projets serait de trouver du temps pour développer une activité de culture, afin de maîtriser directement la récolte et le niveau de maturité des fruits que j’utilise. Cela me permettrait d’aller encore plus loin dans la qualité des ingrédients.

Je souhaite aussi tendre vers un approvisionnement toujours plus bio. J’utilise déjà de nombreux ingrédients issus de l’agriculture biologique, et l’objectif est de franchir une nouvelle étape en lançant une gamme entièrement bio.

Enfin, je veux continuer à rendre mon entreprise plus respectueuse de l’environnement, en réduisant encore mon impact écologique et en adoptant des pratiques toujours plus durables.

 

Retrouvez les confitures de Frédéric ici

 

Crédit photo Alexandra Hanger